N’est inventif que l’individu dont la pensée est mobile. Ou comme le disait jadis l’écrivain et peintre Francis Picabia : « Notre tête est ronde pour que la pensée puisse changer de direction ». Le moovel lab, unité de recherche de la filiale en propriété exclusive de Daimler moovel, applique cette philosophie au trafic.

Les créatifs du moovel lab ont délaissé depuis longtemps le chevalet d’où Picabia redéfinissait son art en quelques coups de pinceaux au début du xxe siècle. L’équipe de recherche interdisciplinaire tricéphale de moovel, pionnière dans le domaine des services innovants de mobilité, se considère plutôt comme une plateforme de dialogue interdisciplinaire. C’est ce qu’explique la directrice du laboratoire Eileen Mandir.

Avec le « lab », elle souhaite anticiper tous les scénarios d’avenir imaginables (ou non) en les rendant visibles. Eileen qualifie la méthode de travail adoptée par moovel de « design spéculatif ». Développeurs, designers et analystes de son laboratoire du futur se réunissent pour visualiser les flux de données, formuler des hypothèses et construire des prototypes.

Surgissent alors des projets autour de drones, d’applications et de jardins urbains mobiles. Conçus pour susciter le débat, ils répondent à certaines questions, mais en posent d’autant plus : comment envisageons-nous la mobilité du futur ? À quel point la technique va-t-elle transformer notre mobilité ?

Jetons un œil à quatre projets pilotes du moovel lab, autant de pas en avant vers le futur.

Travail coopératif bureau de moovel
Toujours une longueur d’avance : les collaborateurs de moovel.

Trajectories – Ô les couleurs de la mobilité !

Le moovel lab porte la visualisation de données au niveau supérieur tout en la saupoudrant d’art. Le projet Trajectories transpose les données du trafic sur papier au moyen d’une imprimante 3D et de cire liquide. Le résultat est épatant, il s’apparente à une œuvre d’art en relief qui revisite les flux du trafic urbain d’une toute nouvelle façon. Inspirée par le philosophe Michel de Certeau, l’installation traite de la mobilité au quotidien, tout en retraçant l’itinéraire des habitants d’une très grande ville.

Les données affichées sont dérivées de l’appli gratuite moovel (iOS et Android) qui permet à ses utilisateurs de mixer diverses options de transport pour trouver leur itinéraire idéal. À ces fins, l’appli combine transports en commun, voitures partagées car2go, plusieurs services de taxi, vélos de location et système ferroviaire allemand. Les utilisateurs peuvent même payer leur titre de transport ou les frais de location avec l’appli. Le projet Trajectories illustre les diverses options d’itinéraire avec des couleurs de cire différentes.

Les itinéraires choisis par les utilisateurs de moovel sont tracés à la cire chaude. Les gouttes de cire sont libérées sur le papier depuis une hauteur d’environ 10 cm afin de créer un réseau de lignes s’épaississant. Au fur et à mesure que les itinéraires se recoupent et se croisent, les contours aux cires de couleurs diverses se fondent en une image holistique de la mobilité urbaine. Cerise sur le gâteau, la texture douce et chaude du médium révèle des schémas de déplacement de plus en plus subtils, donnant à voir la question de la mobilité urbaine sous un tout nouvel angle.

projet Trajectories
La mobilité d’une ville peinte à la cire.

Roads to Rome

« Tous les chemins mènent à Rome » : on connaît la célèbre formule depuis l’Antiquité. Il s’agit sans doute de la plus populaire de l’histoire de la mobilité. Tout le monde l’a prononcée a moins une fois dans sa vie, mais correspond-elle à la réalité ? Pour en être sûr, le moovel lab a effectué ses propres calculs.

Les énormes flux de données actuels permettent de vérifier, statistiques à l’appui, le mot d’ordre du « Milliaire d’or », cette fameuse borne de bronze située à Rome érigée vingt ans avant notre ère et censée marquer l’origine de toutes les routes qui rayonnent à travers l’Empire.

La « cité éternelle » est accessible à partir de plus de 3,3 millions d’endroits en Europe en empruntant près de 500 000 routes. Le moovel lab a comparé tous les sites les uns aux autres sur une surface de plus de 26 000 km².

Pour ce faire, il a développé un algorithme qui calcule un itinéraire pour chaque voyage. Plus un tronçon est emprunté, plus le trait est épais sur la carte.

Selon le même principe, le moovel lab a tenté de représenter à plus petite échelle les caractéristiques des villes sur la base des itinéraires possibles. Cette « empreinte de mobilité urbaine » répond à la question : pour un temps de voyage précis à partir d’une certaine ville, quelle distance puis-je parcourir selon mon moyen de transport (voiture, bus, train, vélo ou marche) ?

L’« ADN routier » calcule la déviation de la ville indiquée par rapport à la ligne idéale entre le départ et l’arrivée. Rarement auparavant, les données ont pu être visualisées avec autant d’esthétique. La visibilité de la mobilité devient si saisissante que certains n’hésitent pas à faire imprimer leur propre empreinte digitale urbaine sur un t-shirt.

carte moovel des États-Unis
Les principales arcades américaines visualisées par le moovel lab.

 

L’Autonomous Human Drone Taxi

Les drones sont sur toutes les lèvres. Ils ont pris d’assaut les chambres d’enfants et les leaders mondiaux de la logistique comme DHL et Amazon les mettent à l’épreuve. Les drones pourraient bien révolutionner la mobilité du futur.

L’une des expériences du moovel lab semble tout droit sortie d’un film de science-fiction de Luc Besson, mais elle pourrait bien devenir réalité prochainement : le transport courte distance en drone-taxi.

Depuis que le moovel lab a mis en ligne sa vidéo de l’« Autonomous Human Drone Taxi », le débat est ouvert : est-ce du blabla ou sommes-nous vraiment à l’aube de la prochaine dimension ?

Le clip présente l’embouteillage quotidien géant de l’agglomération de Los Angeles. Tout le monde est en route vers son travail, mais rien ne bouge. Soudain, un drone s’élève dans le ciel. Il survole l’interminable coulée de tôle et transporte un passager en direction du centre-ville.

Il sera au bureau à l’heure ! Bien sûr, ce n’est pour l’instant qu’une expérience, mais elle pourrait s’avérer judicieuse quand on pense au temps moyen que passe un être humain dans les embouteillages, statistiquement parlant.

moovel l’a calculé : plus de quatre ans. De quoi faire réfléchir les plus rétifs à l’optimisation.

youtube teaser image

smart Green Skin

Au fur et à mesure, la tendance au verdissement s’impose dans les villes et les agglomérations : les voies ferrées, les surfaces industrielles, les façades grises, tout est engazonné.

Pourquoi pas les voitures ? Le moovel lab a végétalisé le toit, l’avant, l’arrière et les ailes d’une smart fortwo, sans modifier la fonction, la forme et la taille du véhicule.

Ont été utilisées des plantes dites succulentes du genre Sedum ; des végétaux coriaces et herbacés, des semi-arbrisseaux rares capables de stocker beaucoup d’eau.

Outre la valeur esthétique (un paysage urbain est indéniablement plus joli à la vue), les effets écologiques comme la fixation des poussières fines, l’amélioration de la qualité de l’air ou l’atténuation de l’ « Urban Heat Island Effect » (îlot de chaleur urbain) jouent un rôle, mineur certes mais sensible. Pour le moovel lab, il s’agissait avant tout d’évaluer la faisabilité du projet et d’encourager le débat public.

Note de la rédaction : cet article a été augmenté le 17 novembre 2016 afin d’incorporer le projet actuel intitulé Trajectories.