Darmstadt vient de remporter le premier concours des meilleures villes numériques en Allemagne. Surprise ? Pas pour les initiés, car cette agglomération mise sur la connectivité, l’électromobilité et la conduite autonome.

Par une belle journée de fin d’été, Klaus-Michael Ahrend stationne son véhicule hybride, en sort et s’étire. Le quarantenaire passe ensuite le seuil du siège de la société HEAG Holding AG et snobe l’ascenseur sur la gauche pour monter l’escalier menant à son bureau au cinquième étage.

« J’aime bien marcher » explique le directeur de la compagnie d’énergie de la commune de Darmstadt. On sent bien, en disant ces mots sans s’essouffler, qu’il n’attend pas que ses interlocuteurs l’admirent. Une fois assis à son bureau, il jette un œil par la fenêtre. Ahrend constate : « Un vent d’ouverture et d’optimisme plane sur la ville, il a littéralement enveloppé les habitants. »

Vue plongeante sur un jardin public dans Darmstadt
Voir grand : Darmstadt est la lauréate du concours Villes digitales en Allemagne.
Photo : Digitalstadt Darmstadt

Le titre Ville numérique booste les infrastructures

Ce « il » en l’occurrence renvoie aussi à une récompense. Bitkom, l’association allemande des télécommunications a lancé un concours à la fin de l’année dernière. Le résultat est tombé à l’été 2017 et le titre « ville digitale » a été décerné à Darmstadt. La ville voit des capitaux arriver – qui se chiffrent en millions – afin d’assurer la transition numérique de la ville et de ses infrastructures.

Pour la plupart, la victoire de cette ville dont ils ne savent rien – si ce n’est qu’elle se situe dans l’espace germanophone, voire au sud de Francfort – surprend. Les initiés en revanche approuvent la décision – à l’instar de Klaus-Michael Ahrend qui est un peu comme son maire virtuel en sa qualité de chargé de projet Ville digitale.

Les résidents ont raison d’être fiers de leur ville devenue l’un des pôles d’excellence européen dans les Technologies d’Information et de Communication (TIC). Dans le classement des grands pôles dynamiques européens établi par la Commission européenne, Darmstadt est à la première place dans sa catégorie pour l’Europe toute entière, devant d’autres villes de taille similaire

L’année dernière, la ville universitaire comptant 160 000 âmes a reçu le titre de leader numérique pour un projet d’open data permettant de fluidifier le trafic. C’est aussi la première ville à avoir, il y a dix ans déjà, décidé d’alimenter ses tramways par un courant électrique des plus écologiques.

De l’énergie renouvelable pour l’électro-mobilité

« À quoi sert l’électromobilité si je l’alimente au charbon ? demande Ahrend de façon rhétorique. Nous avons très à cœur de passer au numérique de façon responsable. Ce n’est pas un but en soi qui ne servira que le secteur concerné, les TIC et les autres grands acteurs. Elle doit aussi profiter aux citoyens. »

La ville s’enorgueillit d’une forte densité entrepreneuriale, de son université très appréciée et de son accélérateur de particules répondant au doux nom de Fair (devant être achevé d’ici à 2025). Installé en sous-sol, Fair devrait résoudre les dernières questions qu’on se pose sur l’origine de l’univers. Si le club de foot SV Darmstadt 98 a rétrogradé en 2017, la ville joue dans la cour des grands à bien dans bien des catégories.

Image symbolique, un bâtiment Art nouveau local est entouré de lignes pixellisées incarnant des flux de données
La ville s’investit d’ores et déjà dans la transition numérique.
Photo : sakkmesterke – Fotolia, montage : vrm/kl

La conduite autonome aussi est au programme

Déterminé et sûr de lui, Klaus-Michael Ahrend n’est pour autant pas comblé par les étapes déjà franchies à Darmstadt. Car les grandes questions du passage au numérique sont fortement liées à l’environnement et au trafic.

Il est ainsi prévu, pour commencer en 2018, de lancer une appli de stationnement permettant aux riverains comme aux visiteurs de trouver des places et de les réserver. Des antennes spéciales munies de capteurs mesureront les facteurs environnementaux dans chaque quartier de la ville et mettront les données en accès libre.

Un portail commercial dédié aux produits régionaux aussi verra le jour. Les produits commandés seront livrés dans la journée par vélo-cargo électrique.

Ahrend ajoute : « Nous testons en ce moment, et en secteur fermé, des bus autonomes. Dans un futur proche, les tramways de Darmstadt rouleront sans pilote. Nous sommes tenus à cet égard, et dans d’autres domaines, de nous soumettre à des conditions cadres strictes. Mais nous nous préparons pour que Darmstadt soit fin prête pour le jour J. »

Image symbolique où une main tient un smartphone duquel émanent sur un cercle en surimpression diverses fonctions numériques
Darmstadt va continuer de donner le la en matière de connectivité.
Photo : www.digitalstadt-darmstadt.de, shutterstock

La ville est un organisme

L’annonce que dès la fin de l’année 2018 des camions alimentés à l’électricité par câbles aériens emprunteraient une portion spéciale de l’autoroute sur dix kilomètres entre Darmstadt et Francfort a déjà fait sensation.

Est-ce cette vive réaction qui pousse Klaus-Michael Ahrend à agir en homme avisé lorsqu’il se tourne vers l’avenir ? Après tout, son bureau est à un jet de pierre de l’hôtel de ville où exerce le maire Jochen Partsch, à qui revient l’honneur d’entériner chaque étape du projet de la ville digitale.

À quoi donc ressemblera Darmstadt en 2025 lorsque l’accélérateur de particules décryptera le fameux big bang ?

Ahrend avance : « Le trafic sera entièrement électrifié. L’autopartage et les autres modèles de partage simplifieront la vie des habitants. La ville n’est plus l’apanage des automobilistes mais un organisme traversé par le meilleur des moyens de transport pour un trajet en particulier, qu’il s’agisse d’un vélo électrique ou d’un véhicule privé. La mobilité va continuer d’évoluer. »

Et cette ville du futur dont la modélisation prévoit une amélioration de la vie des habitants, fera la part belle aux piétons. Le fan d’escaliers Klaus-Michael Ahrend sait combien c’est important.

Le prix « Ville digitale » a été décerné par l’association des télécommunications Bitkom en partenariat avec l’association allemande des villes et municipalités. Les villes sélectionnées étaient de taille moyenne, à résonnance urbaine, possédant de bonnes infrastructures et des établissements d’enseignement supérieur. Au final, Darmstadt s’est imposée face à Heidelberg, Kaiserslautern, Paderborn et Wolfsburg. Bitkom a tout particulièrement souligné l’aspect global de l’initiative ainsi que l’emphase accordée à la cyber-sécurité dans le concept darmstadtien. À ce propos, le directeur de l’institut Fraunhofer expert en technologies de l’information sécurisées, Michael Waidner est monté à bord, en tant que Chief data officer (directeur des données).

Retrouve plus d’informations (en allemand) ici.