À Austin pour l’édition 2017 du festival SXSW, la house of smart n’avait qu’un mot à la bouche
« électrification » – ce qu’exprime à merveille le groupe d’autochtones S U R V I V E. Avant leur concert donné à la house of smart, nous avons rencontré les figures phares du quatuor de synthétiseurs : Kyle Dixon et Michael Stein.

Kyle, Michael – les synthétiseurs analogues des années 1970 et 80 sont très présents chez S U R V I V E et pourtant votre musique semble très futuriste, quelles sont vos références ?
Kyle Dixon :
 Je crois que nous marions les deux. Nous sommes inspirés par des groupes du passé et notre équipement date – des décisions qui dictent le timbre de nos morceaux. Toute musique vraiment moderne – quel que soit le sens donné à ce terme – aura des similitudes tonales avec la musique du passé. En plus, on apprécie plein de groupes des années 70. Mais nous recourons aussi à des techniques qui n’existaient pas encore dans les années 1970/80. On enregistre avec des ordinateurs, on crée avec des synthés numériques et des séquenceurs. Ça nous facilite la vie. On essaie vraiment de mixer les deux.

Michael Stein : Dire « futuriste » est objectif. Certains sons électroniques des années 70 semblent plus futuristes que ce que les gens ont fait ces dix dernières années. Il faut être motivé pour créer quelque chose de neuf et saisissant. Nos instruments sont une boîte à outils permettant de travailler. C’est incroyable tout ce que cela renferme. On pense avoir tout entendu mais il suffit de creuser un peu plus pour trouver de bons trucs. Je suis fan du Yellow Magic Orchestra, leur son est plus futuriste que jamais.

Le groupe S U R V I V E joue à Austin
Le monde entier depuis Austin : S U R V I V E se taille une réputation internationale.

Comment trouver le bon équilibre entre innovation et tradition ?
Kyle Dixon :
 J’écoute un tas de nouvelles choses. Nous ne sommes pas enlisés dans le passé en proclamant que 1981 est à l’apogée de tout ce qui existe ni en disant que tout ce qui a été fait après ne vaut rien. On essaie vraiment de trouver un bon équilibre.

Michael Stein : On est ouverts à toutes les technologies. Nous utilisons des logiciels modernes aussi. Cela explique peut-être pourquoi tant de monde perçoit un son authentique, nostalgique, dans notre musique qui comporte beaucoup d’éléments modernes. En même temps, nous sommes très années 90. On est fans de Warp Records, on adore Richard D. James/Aphex Twin et on aime toute l’IDM (Intelligent Dance Music, ndlr).

Presque tous les synthés vintage analogues existent sous forme de plug-in. Et pourtant S U R V I V E continue d’apporter son matos sur scène. Ces instruments gros et lourds, c’est votre signature ?
Michael Stein :
 Nous sommes habitués des studios, un lieu où la taille et le poids du matos ne pose pas de problème, donc quand on a commencé à se produire, on a voulu rester au plus près de ce qu’on connaissait. Il y a tellement de numéros d’électro, réalisés avec un ordinateur portable, en se contentant d’appuyer sur « play ». On ne veut pas perdre la sensation physique de l’interaction avec de vraies machines.

Vous êtes tous les deux à l’origine de la bande originale de Stranger Things diffusée par Netflix. Une série, deux fois nominée aux Golden Globes, et dans la veine des grands classiques de science-fiction comme Poltergeist ou E.T. On dirait que la B.O. sort tout droit d’une capsule temporelle du début des années 80. Comment vous êtes-vous projetés dans l’esprit de l’époque ?
Michael Stein :
 Composer pour un film est un plus pour nous. C’est très différent de ce qu’on fait avec le groupe. C’est l’occasion de dévoiler toute une palette d’émotions rattachée à des ondes sentimentales. On a fait des plein de trucs qu’on ne ferait pas pour un album S U R V I V E. C’est dur à expliquer en fait. Pour une série, on peut être bien plus versatile. Il faut créer une compo qui raconte une histoire et il y a bien plus dans cette histoire que son côté sombre. Nous sommes très fiers de l’avoir fait.

« La bande originale de Stranger Things a ouvert beaucoup de portes. »
Michael Stein

Est-ce que les choses ont changé depuis Stranger Things ?
Michael Stein :
 C’est clair. Beaucoup de portes se sont ouvertes depuis. On est invités aux soirées. C’en est même devenu étrange parfois. Mais j’essaie de ne pas y penser. En général, on crée pour combler un manque. On fait une chanson parce qu’elle n’existe encore pas. Voilà ce qui nous motive. On crée ce dont on a besoin.

Austin est célèbre pour sa musique blues et rap. Qu’est-ce qui en fait l’endroit idoine pour un groupe de synthétiseurs ?
Kyle Dixon :
 Bonne question. On a la chance d’avoir un magasin appelé « Switched on ». Parce qu’à la base, c’est dur de trouver des synthés et de vieux instruments, si ce n’est sur Internet. Mais une fois que le magasin a ouvert, le public a pu entrer, découvrir et s’essayer à des choses dont ils n’avaient pas l’habitude. Ça a joué un rôle. Et puis tout un cercle de connaissances s’est mis à faire du son dans le même genre que nous. Le fait de s’observer les uns les autres a généré une scène. Il existe une poignée de groupes qui font de la musique électronique désormais même si Austin reste le fief incontesté du rock, du rock indé et du blues, et que la musique électro s’est développée au cours des cinq dernières années.

Les musiciens du groupe S U R V I V E sur un canapé
Le succès de la bande son de Stranger Things a ouvert beaucoup de portes.
Photo : S U R V I V E

Vous êtes tous originaires d’Austin ?
Kyle Dixon : On vit tous à Austin maintenant. Adam (Jones), Michael et moi sommes originaires de Dallas. On se connaît depuis nos treize ans. On était potes bien avant d’enregistrer de la musique ensemble. Adam et moi sommes allés dans une université à une demi-heure au sud d’Austin. C’est là qu’on a rencontré (Mark) Donica qui avait les mêmes goûts musicaux et nous a rejoints. On s’est mis à enregistrer de la musique et comme on aimait ce qu’il en ressortait, on a créé le groupe

À quoi ressemble la ville au printemps pendant le festival SXSW ?
Kyle Dixon :
 La ville change car des visiteurs viennent du monde entier. C’est un festival de musique énorme, qui attire des tonnes de musiciens, les artistes se rencontrent et élargissent leur réseau. C’est le moment idéal pour rencontrer des figures qu’on respecte. Et c’est à la fois très divers. C’est aussi l’occasion de croiser son rappeur, sa pop star ou son musicien folk préféré. Il y a tant de manifestations ! C’est un événement exceptionnel qu’on ne trouve nulle part ailleurs.